LINUMEN : apprentissages premiers à l’ère du numérique

LINUMEN : LIttératie et NUMératie Emergentes par le Numérique

Déposé dans le cadre de l’appel à projet E-Fran en mai 2016, LINUMEN est un projet numérique en maternelle.

Présentation par Youssef Tazouti, professeur des universités en Psychologie de l’éducation[/su_heading]

L’objectif du projet LINUMEN est de concevoir un dispositif numérique permettant de développer et de renforcer les compétences liées à la littératie et numératie émergentes * (LNE) chez les enfants d’âge préscolaire.

Le dispositif du projet LINUMEN intègre les résultats de la recherche sur les apprentissages des élèves et sur les pratiques enseignantes pour proposer des activités différenciées et développer les compétences des élèves de maternelle. Cette approche innovante répond aux besoins réels des enseignants comme des élèves avec une perspective d’industrialisation et de diffusion à l’issue du projet.

La finalité du projet est d’améliorer l’efficacité de l’école maternelle auprès des élèves les plus faibles en ajustant les pratiques d’enseignement à leurs besoins individuels et collectifs. Les élèves les plus vulnérables de fin de grande section de maternelle sont placés dans les conditions les meilleures pour aborder les apprentissages de CP.

La littératie émergente
La littératie émergente désigne l’ensemble des connaissances et des compétences nécessaires à l’acquisition de la lecture-écriture, développées avant l’entrée à l’école primaire (Purpura & Napoli, 2015) : l’acquisition du vocabulaire, la reconnaissance des lettres, la conscience phonologique, la connaissance du principe alphabétique et la compréhension.
La numératie émergente
La numératie émergente désigne l’ensemble des connaissances et des compétences nécessaires à l’acquisition du nombre, développées avant l’entrée à l’école primaire (Purpura & Napoli, 2015) : la reconnaissance des chiffres, la compréhension du concept de nombre (l’acquisition de la chaîne numérique, le dénombrement (subitizing, dénombrer, estimer une collection, capacité de comparer des quantités, composer ou décomposer des ensembles de nombres), la reconnaissance des formes géométriques et la résolution de problèmes logiques (problèmes à histoire).

Le contexte

En France, l’école maternelle, avec ses nouveaux programmes scolaires nationaux est considérée comme un des maillons forts (ou le maillon fort ?) du système éducatif français.  Comme prévu dans les nouveaux programmes 2015,  l’école maternelle s’organise sur un cycle unique, fondamental pour la réussite de tous. La loi de refondation de l’École souligne la place fondamentale de l’école maternelle comme première étape pour garantir la réussite de tous les élèves au sein d’une école juste pour tous et exigeante pour chacun.

Ce temps de scolarité, bien que non obligatoire, établit les fondements éducatifs et pédagogiques sur lesquels s’appuient et se développent les futurs apprentissages des élèves pour l’ensemble de leur scolarité.

Ouverture du séminaire par Florence Robine, rectrice de l’Académie Nancy-Metz

Rôle primordial de l'école maternelle

Cependant, au vu des difficultés repérées par un nombre non négligeable d’enfants à l’entrée au CP, plusieurs rapports – (HCE, 2007), (IGEN, 2011), (Institut Montaigne, 2010), se sont interrogés sur la capacité de l’école maternelle à réduire les inégalités sociales et à mettre les enfants dans les meilleures dispositions pour effectuer les apprentissages ultérieurs.

Des variables sont en effet à prendre en compte dans l’explication des performances scolaires des élèves :

  • le niveau initial de l’élève explique en moyenne 50 % de son niveau final (Duru-Bellat, 2006). Les performances d’un élève au début du CP expliquent environ 50 % de ses résultats en fin d’année.
  • l’origine sociale de l’élève explique aussi une part importante de ses performances.  Les comparaisons internationales, notamment l’étude PISA, montrent que la France est parmi les pays européens où le poids de l’origine sociale est le plus important (OCDE, 2013).
  • des liens forts entre les apprentissages effectués dans les toutes premières années de la vie, et ceux réalisés ultérieurement.

L’école maternelle tient donc une place essentielle.

Le numérique en classe et les compétences émergentes en littératie et en numératie
Plusieurs recherches ont étudié l’impact des dispositifs numériques sur les apprentissages premiers. Leur incidence sur la performance des élèves n’est pas toujours attestée mais plusieurs recherches ont montré un impact non négligeable de l’usage de ces dispositifs sur des compétences littéraciques des enfants telles que la connaissance des lettres, le vocabulaire ou encore la conscience phonologique.

Des enfants exposés à des livres électroniques au cours d’un programme de quatre semaines atteignent des scores plus élevés dans les tâches de conscience phonologique que les enfants d’un groupe témoin.

Des enfants exposés à des histoires à travers un support numérique pendant un programme de cinq semaines améliorent significativement plus leurs compétences dans la reconnaissance des mots que ceux qui ont été exposés à des livres traditionnels.

1ère partie

2ème partie

Les apprentissages premiers à l'heure du numérique

Michel Fayol, membre du LAPSCO (Laboratoire de psychologie sociale et cognitive) à l’Université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand, chercheur associé dans le projet, apporte son éclairage sur les apprentissages premiers à l’heure du numérique.

Thématiques abordées : les inégalités précoces de réussite et leurs manifestations, les dispositifs mis en place et leurs résultats et enfin les dispositifs numériques avec quelques illustrations.

Les principaux points abordés (1ère partie)

Un défi majeur à relever avec le projet LINUMEN

Le projet « LINUMEN » s’inscrit dans un contexte éducatif caractérisé d’une part par l’apparition précoce de fortes inégalités à l’école, et d’autre part par le développement important du numérique éducatif et l’absence de données scientifiques en France sur les effets du numérique sur les apprentissages premiers.

« La loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’École de la République (8 juillet 2013) appelle à faire évoluer les modalités d’évaluation des élèves vers une évaluation positive, simple et lisible, valorisant les progrès, encourageant les initiatives et compréhensible par les familles, pour mesurer le degré d’acquisition des connaissances et des compétences ainsi que la progression de l’élève. »

L’école maternelle doit donc adapter le contenu pédagogique de l’enseignement en fonction des besoins des élèves en vue de réduire les écarts cognitifs observés entre les élèves à l’entrée au CP.

Un dispositif innovant
Le dispositif du projet LINUMEN tient compte de la cohérence d’ensemble de la pédagogie des enseignants et des contraintes qui pèsent sur l’exercice de leur métier (organisation de la classe, gestion du collectif, hétérogénéité des élèves, compétences à développer). Il intègre à la fois la littératie et la numératie émergentes et cherche à déterminer les interactions entre ces deux types de compétences.

Après une évaluation diagnostique des compétences des élèves de moyenne et de grande sections d’école maternelle en LNE, des stimulations cognitives sont proposées sous forme d’applications numériques destinées à développer ces compétences. Un suivi longitudinal des élèves de la moyenne section à la grande section de l’école maternelle est effectué.

Des observations méthodiques lors de l’utilisation de l’outil permettent de tester la meilleure adaptation au fonctionnement d’une classe ordinaire et les meilleures conditions de son emploi. Co-conçu par des chercheurs, des cadres de l’EN et des enseignants, il permettra de faire une analyse de l’évolution des performances des élèves, de développer et renforcer les compétences liées à la LNE, et de faire acquérir aux enfants des compétences transversales notamment dans le domaine du numérique.

Les activités proposées sur ordinateur et tablette numérique privilégient les compétences émergentes les plus prédictives des compétences ultérieures : connaissance des lettres, conscience phonologique, vocabulaire, acuité numérique, représentation exacte des nombres, problèmes « à histoire ».

Les tâches ludiques et attrayantes favorisent l’engagement durable des élèves dans les activités. Les modalités pédagogiques évitent de prendre la classe à témoin des difficultés des élèves les plus faibles afin de protéger les plus vulnérables. En différenciant les parcours des élèves en LNE, ce dispositif devrait permettre de réduire les inégalités cognitives liées à l’origine sociale des élèves et donc de favoriser l’accrochage scolaire précoce.