L’ŒIL CAPITALISTE. MUSEES, COMMERCE ET COLONISATION, DE SOPHIE CRAS

Dans L’œil capitaliste. Musées, commerce et colonisation, Sophie Cras interroge l’histoire des musées à partir d’un objet encore peu étudié : le musée commercial.

Le livre L’œil capitaliste. Musées, commerce et colonisation de Sophie Cras, paru en 2026 chez Flammarion, propose une relecture originale de l’histoire des musées à la lumière des dynamiques économiques et coloniales. L’autrice s’intéresse à une institution aujourd’hui largement oubliée : le musée commercial, apparu à la fin du XIXᵉ siècle dans les grandes villes européennes avant de se diffuser dans les territoires coloniaux. Ces musées, loin d’être destinés à la seule contemplation esthétique, avaient pour fonction d’informer les industriels et les commerçants sur les ressources, les produits et les marchés disponibles à l’échelle mondiale.

En reconstituant l’histoire de ces collections et des réseaux qui les soutenaient, Sophie Cras montre que le musée a pu servir d’outil au service de la mondialisation économique et de l’expansion coloniale. Les objets exposés y étaient envisagés comme des marchandises, des échantillons ou des ressources exploitables, et non comme des œuvres destinées à la contemplation désintéressée. L’ouvrage invite ainsi à considérer le musée comme un dispositif de pouvoir, participant à la construction d’un regard sur le monde lié au capitalisme et à l’impérialisme.

Cette étude s’inscrit dans le prolongement des recherches de l’autrice sur les relations entre art, économie et libéralisme, et contribue à renouveler l’histoire des institutions muséales en les replaçant dans leur contexte politique, commercial et idéologique.

Cet ouvrage constitue une ressource intéressante, car il permet d’aborder le musée non seulement comme lieu de conservation et d’exposition, mais aussi comme institution historique inscrite dans des enjeux économiques, politiques et coloniaux. Il offre des exemples concrets permettant de croiser histoire de l’art, histoire économique et histoire coloniale, tout en invitant à réfléchir aux conditions de constitution des collections et aux fonctions sociales des musées.

L’approche proposée par Sophie Cras s’inscrit pleinement dans les perspectives actuelles de l’histoire de l’art, qui interrogent les contextes de production, de circulation et de présentation des œuvres. Elle peut nourrir la réflexion sur la naissance des musées modernes, les expositions universelles, la mondialisation au XIXᵉ siècle ou encore les débats contemporains sur la provenance des collections et les restitutions.

Dans le cadre de la question « musée, musées » en enseignement optionnel de terminale, L’œil capitaliste permet d’élargir l’étude des musées au-delà du modèle du musée d’art. L’ouvrage montre que les musées ont pu remplir des fonctions très diverses : pédagogiques, scientifiques, politiques ou commerciales. L’exemple des musées commerciaux met en évidence le rôle du musée dans la diffusion des savoirs techniques et dans l’organisation des échanges internationaux, ce qui éclaire la diversité des formes muséales depuis le XIXᵉ siècle.

En ce sens, l’ouvrage de Sophie Cras offre des pistes particulièrement pertinentes pour comprendre les musées comme des institutions historiques, culturelles et politiques, au cœur des problématiques contemporaines liées à la mémoire, au patrimoine et à la mondialisation.