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{"id":5950,"date":"2024-01-26T16:33:14","date_gmt":"2024-01-26T15:33:14","guid":{"rendered":"https:\/\/sites.ac-nancy-metz.fr\/webjournal-poncelet-saint-avold\/?p=5950"},"modified":"2024-02-01T09:29:23","modified_gmt":"2024-02-01T08:29:23","slug":"dream-a-little-dream-of-me","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sites.ac-nancy-metz.fr\/webjournal-poncelet-saint-avold\/2024\/01\/26\/dream-a-little-dream-of-me\/","title":{"rendered":"Dream a little dream of me"},"content":{"rendered":"\n<p>Depuis toujours les hommes se demandent ce qu\u2019il y a apr\u00e8s la mort. Une nouvelle vie&nbsp;? Le paradis&nbsp;? Ou les enfers&nbsp;? Devenons-nous des \u00e2mes qui vagabondent dans le monde, ou sommes-nous juste vou\u00e9s \u00e0 nous \u00e9teindre lentement comme notre corps. Eh bien c\u2019est justement \u00e0 ces questions que mon \u00e9quipe et moi essayons de r\u00e9pondre. Je me pr\u00e9sente, je m\u2019appelle Louise Lefevre et cette histoire est celle de ma mort.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est arriv\u00e9 un lundi de janvier, quoi de mieux pour d\u00e9buter la nouvelle ann\u00e9e. Comme chaque jour depuis 4 ann\u00e9es, je rentrais dans mon labo, suivie de pr\u00e8s par mon coll\u00e8gue et ami, John. Quatre ans que l\u2019on travaillait sur la mort et son d\u00e9roulement, 4 ans o\u00f9 l\u2019on tirait \u00e0 la courte paille pour savoir qui allait tester notre protocole pour voir ce qui se passait, au sein de notre esprit, apr\u00e8s un arr\u00eat cardiaque. Tout \u00e9tait enfin pr\u00eat, chaque mat\u00e9riel \u00e9tait \u00e0 sa place, chaque scientifique connaissait exactement son r\u00f4le, tout comme je connaissais le mien\u2026 Le cobaye.<\/p>\n\n\n\n<p>Je rentrais donc dans mon laboratoire, qui \u00e9tait sous ma responsabilit\u00e9 depuis que j\u2019avais r\u00e9ussi \u00e0 obtenir ce poste, quelque peu dangereux il est vrai. Il \u00e9tait 9h 36 pr\u00e9cis\u00e9ment, et au lieu d\u2019\u00eatre paralys\u00e9e \u00e0 la vue du lit \u00ab&nbsp;d\u2019op\u00e9ration&nbsp;\u00bb mon entrain ne fut que renforc\u00e9.\u00ab&nbsp;Pr\u00eate&nbsp;? me demanda John.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Plus que pr\u00eate&nbsp;!&nbsp;\u00bb m\u2019exclamais-je.<\/p>\n\n\n\n<p> Je m\u2019allongeais alors sur mon lit de mort, d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 en d\u00e9coudre avec toutes mes interrogations. On m\u2019accrocha tout un attirail de fils au corps, ainsi qu\u2019une perfusion et une sorte de bonnet herm\u00e9tique sur ma t\u00eate reli\u00e9 \u00e0 des \u00e9crans pour observer les r\u00e9actions de mon cerveau. On finit par me remettre un masque \u00e0 oxyg\u00e8ne. J\u2019\u00e9tais d\u00e9finitivement pr\u00eate \u00e0 mourir.\u00ab&nbsp;Tu es s\u00fbre que tu ne veux pas arr\u00eater l\u00e0, on comprendra si tu te refuses \u00e0 cette exp\u00e9rience, me r\u00e9p\u00e9ta mon coll\u00e8gue en se penchant vers moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Non, je ne vais certainement pas g\u00e2cher ces 4 ann\u00e9es de recherches en stoppant l\u00e0&nbsp;; de toute mani\u00e8re, on a \u00e9tudi\u00e9 toutes les complications potentielles avec les logiciels et il n\u2019y a plus moyen que cela foire. Il ne va rien m\u2019arriver, le rassurais-je quand je le vis sur le point d\u2019en rajouter pour me dissuader. Il n\u2019y a plus de retour en arri\u00e8re possible John&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Il m\u2019adressa un sourire crisp\u00e9, puis se tourna pour lancer l\u2019op\u00e9ration. Une fois \u00e0 son poste, il demanda \u00e0 chaque personnel de rejoindre sa place puis fixa son regard sur le mien.10, 9, 8, il commen\u00e7a le compte \u00e0 rebours. J\u2019entendais vaguement les appareils se mettre en route et les personnes se d\u00e9placer autour de moi.<\/p>\n\n\n\n<p>4, 3, 2,<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019adressais un petit clin d\u2019\u0153il \u00e0 mon ami avant de sentir une \u00e9norme douleur dans ma cage thoracique.<\/p>\n\n\n\n<p>1\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019abord, je ne vis que le noir, mes paupi\u00e8res ferm\u00e9es ne laiss\u00e8rent passer aucune lumi\u00e8re. Puis, en les ouvrant progressivement, un blanc violent me per\u00e7a les r\u00e9tines. Le monde autour de moi \u00e9tait enti\u00e8rement blanc, un blanc immacul\u00e9, un blanc pur. Le blanc d\u2019une robe de mari\u00e9e, celui qu\u2019on s\u2019imagine lorsqu\u2019on parle de la paix. Et effectivement, un calme immense m\u2019envahit. Cela n\u2019avait plus rien \u00e0 voir avec la douleur extr\u00eame que j\u2019avais ressentie quelques secondes auparavant. Ensuite, cette blancheur s\u2019att\u00e9nua quelque peu, laissant la place \u00e0 un couloir infini toujours aussi clair. Au bout de celui-ci, je distinguais une porte d\u2019un rouge \u00e9carlate. Une force invisible semblait m\u2019ordonner d\u2019aller vers elle, alors sans me poser plus de questions, je courus dans sa direction. Arriv\u00e9e devant, je tendis la main vers la poign\u00e9e, mais je d\u00e9couvris qu\u2019il n\u2019y en avait pas. Une inscription apparut soudain \u00e0 cette m\u00eame porte \u00ab&nbsp;quiconque entre n\u2019en reviendra pas&nbsp;\u00bb. En voulant toucher l\u2019\u00e9criture, la porte se d\u00e9sagr\u00e9gea sous ma main, et dans mon \u00e9lan je tombais vers le bas. Mes yeux se ferm\u00e8rent automatiquement en attendant que ma chute cesse. Et lorsque je me sentis stable je les rouvris, et me retrouvai dans une grande for\u00eat. Il faisait nuit, et seul le hululement d\u2019une chouette r\u00e9sonnait dans les cieux noirs. Je la vis voler jusqu\u2019\u00e0 moi et se poser sur une branche au-dessus de mon \u00e9paule.<\/p>\n\n\n\n<p>-\u00ab&nbsp;Que faites-vous ici, l\u2019entendis-je me chuchoter<\/p>\n\n\n\n<p>-Vous parlez&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>-Bien s\u00fbr que je parle&nbsp;! s\u2019exclama-t-elle, outr\u00e9e, tu ne devrais pas \u00eatre l\u00e0 jeune fille, se remit-elle \u00e0 me murmurer.<\/p>\n\n\n\n<p>-Et pourquoi donc, lui demandai-je.<\/p>\n\n\n\n<p>-Parce qu\u2019ils vont venir te chercher.<\/p>\n\n\n\n<p>-Qui \u00e7a&nbsp;? demandai-je en me retournant vers elle.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a> Je la regardai jeter un regard vers les arbres dos \u00e0 moi, puis revenir poser ses grands yeux sur mon visage en fron\u00e7ant les sourcils. Elle s\u2019envola alors, me laissant \u00e0 nouveau seule, mais la brise me siffla son message&nbsp;: \u00ab Pars&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p> Sans comprendre vraiment ce qui m\u2019arrivait, je me mis \u00e0 courir \u00e0 travers les bois dans la direction qu\u2019avait prise cet oiseau nocturne. Plus je me rapprochai de l\u2019or\u00e9e de la for\u00eat plus je distinguai ce qui me faisait face, un village, plus sp\u00e9cialement mon village natal. D\u00e9cid\u00e9ment mon cerveau me jouait des tours, j\u2019ignorai depuis combien de temps mon c\u0153ur avait arr\u00eat\u00e9 de battre, mais mon syst\u00e8me nerveux semblait vouloir me d\u00e9sorienter.&nbsp;Mes pas m\u2019amen\u00e8rent jusque devant mon ancienne maison. Les murs \u00e9taient fissur\u00e9s, plusieurs fen\u00eatres cass\u00e9es, cette vieille b\u00e2tisse n\u2019avait plus rien \u00e0 voir avec celle de mon enfance. Elle \u00e9tait vide. Et ce vide se r\u00e9percuta en moi pour la premi\u00e8re fois depuis ma mort. Je n\u2019y avais m\u00eame pas song\u00e9 jusque-l\u00e0, j\u2019avais eu peur d\u2019y songer. J\u2019\u00e9tais morte, j\u2019\u00e9tais remplie d\u2019un calme aussi apaisant que d\u00e9rangeant. Et mon corps me d\u00e9mangeait. Mais je ne pouvais pas me laisser distraire me rappelai-je \u00e0 l\u2019ordre. Aussi, je rentrai dans la maison. Tout \u00e9tait exactement comme dans mes souvenirs&nbsp;: bizarrement propre et rang\u00e9, et en jetant un coup d\u2019\u0153il aux fen\u00eatres, je r\u00e9alisai que celles-ci \u00e9taient de nouveau comme neuves. Sur mes gardes, je tendis l\u2019oreille, me rappelant le message de l\u2019oiseau nocturne. \u00ab&nbsp;Ils vont venir te chercher&nbsp;\u00bb m\u2019avait-elle dit, mais ce \u00ab&nbsp;Ils&nbsp;\u00bb restait inconnu pour moi. Peut-\u00eatre faisait-il r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la Faucheuse. Mais dans ce cas, pourquoi parler de plusieurs personnes&nbsp;? Laissant de c\u00f4t\u00e9 mes questions, je p\u00e9n\u00e9trai dans la salle \u00e0 manger, ainsi que dans la buanderie&nbsp;; tout \u00e9tait parfait, les \u00e9tag\u00e8res remplies de nourriture comme si cette maison \u00e9tait encore habit\u00e9e, le carrelage semblait poli tellement il brillait. Cette ambiance d\u2019absence mais de vie me mettait mal-\u00e0-l\u2019aise. Je d\u00e9cidai finalement d\u2019aller voir l\u2019\u00e9tage, ignorant ma r\u00e9pulsion \u00e0 rester dans ce b\u00e2timent. Celui-ci \u00e9tait lui aussi lav\u00e9 et digne d\u2019\u00eatre pr\u00e9sent\u00e9 par un agent immobilier. Mais en rentrant dans la derni\u00e8re pi\u00e8ce, je d\u00e9couvris ma chambre saccag\u00e9e&nbsp;: la vitre de ma fen\u00eatre avait \u00e9clat\u00e9 en mille morceaux sur le sol, laissant un courant d\u2019air froid s\u2019engouffrer dans la pi\u00e8ce, la couverture de mon lit \u00e9tait d\u00e9chir\u00e9e et mise en boule sur celui-ci, mon \u00e9tag\u00e8re \u00e9tait au sol elle aussi, mes livres \u00e9parpill\u00e9s autour d\u2019elle, certaines pages volaient, d\u2019autres gisaient sur le parquet. Tout \u00e9tait chamboul\u00e9. Un silence de mort r\u00e9gnait autour de moi, me laissant pantelante face au spectacle. Jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un cri me r\u00e9veille de ma transe. Je courus vers la fen\u00eatre esp\u00e9rant voir la chouette de tout \u00e0 l\u2019heure, et la vis dans le ciel foncer jusqu\u2019\u00e0 moi. Elle se jeta sur moi et dans son \u00e9lan nous fit tomber par terre.-\u00ab Es-tu une imb\u00e9cile&nbsp;? me questionna-t-elle en se perchant sur mon armoire.<\/p>\n\n\n\n<p>-Pardon&nbsp;? demandai-je, tout en me remettant debout.<\/p>\n\n\n\n<p>-Je t\u2019ai demand\u00e9 si tu \u00e9tais STUPIDE jeune fille, je te dis de partir et toi tu vas jusqu\u2019ici&nbsp;? Comment veux-tu que je te sauve maintenant&nbsp;?! Elle ajouta \u00e0 son reproche une vive morsure \u00e0 mon doigt, qui me fit grimacer de douleur.<\/p>\n\n\n\n<p>-Mais de qui vous parlez \u00e0 la fin&nbsp;? m\u2019exclamai-je agac\u00e9e, voyant la marque qui se formait d\u00e9j\u00e0 sur mon index.<\/p>\n\n\n\n<p>-Des D\u00e9tenteurs, dit-elle simplement.<\/p>\n\n\n\n<p>-Hein&nbsp;? demandai-je en relevant les yeux de ma blessure.<\/p>\n\n\n\n<p>-DES DETENTEURS, r\u00e9p\u00e9ta-t-elle plus fort, mon Dieu faut vraiment que je choisisse mieux \u00e0 qui je viens en aide.<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 mon air interloqu\u00e9 l\u2019oiseau sembla retenir un rire.-Bon ma petite, si tu veux revenir \u00e0 la vie il va falloir que tu fuies, ET LA O\u00da JE TE DIRAI cette fois.<\/p>\n\n\n\n<p>-D\u2019accord, o\u00f9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Mon interlocutrice ouvrit de grands yeux, surprise.<\/p>\n\n\n\n<p>-Tu ne me demandes pas ce que je veux dire par \u00ab&nbsp;revenir \u00e0 la vie&nbsp;\u00bb&nbsp;?!<\/p>\n\n\n\n<p>-Je suis morte, je le sais d\u00e9j\u00e0. Il faut juste que je facilite la t\u00e2che \u00e0 mes coll\u00e8gues afin qu\u2019ils puissent me ramener. Si je continue \u00e0 occuper mon esprit, mon cerveau ne s\u2019arr\u00eatera pas. Donc oui s\u2019il vous pla\u00eet dites-moi o\u00f9 aller.<\/p>\n\n\n\n<p>Un long silence s\u2019\u00e9tendit entre nous. Je l\u2019interrogeai du regard et elle me r\u00e9pondit finalement,<\/p>\n\n\n\n<p>-Bon, tu es vraiment un dr\u00f4le de sp\u00e9cimen.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle vola jusqu\u2019au rebord de la fen\u00eatre et de son aile, pointa le soleil qui se levait.<\/p>\n\n\n\n<p>-Fuis le plus loin de cette maison en suivant l\u2019horizon. Si comme tu le pr\u00e9tends tes amis vont te ramener dans le monde des vivants, ils feraient mieux de se d\u00e9p\u00eacher car les D\u00e9tenteurs laissent rarement des \u00e2mes r\u00f4der dans les limbes.<\/p>\n\n\n\n<p>-Je suis dans les limbes&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>-Oui, enfin tu es dans TA version de celles-ci, c\u2019est pourquoi on se retrouve dans ta maison.<\/p>\n\n\n\n<p>-Et le fait que je parle \u00e0 une chouette est-il aussi une cr\u00e9ation de mon esprit&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>-Eh bien non, je suis consid\u00e9r\u00e9e comme un messager entre le monde physique et spirituel, destin\u00e9e \u00e0 conduire les \u00e2mes des morts. Mais parfois, j\u2019en aide certaines \u00e0 s\u2019\u00e9chapper.<\/p>\n\n\n\n<p>-Et\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019eus pas le temps de poursuivre ma phrase que l\u2019ambiance autour de nous devint plus sombre. Un vent froid claqua la porte de ma chambre et l\u2019oiseau parlant me souffla de fuir. Elle jeta un regard par la vitre cass\u00e9e, m\u2019ordonnant silencieusement de sauter, ce que je fis. J\u2019atterris sur les fesses en bondissant du 1er \u00e9tage, et courus vers la m\u00eame for\u00eat d\u2019o\u00f9 j\u2019\u00e9tais venue. Mes jambes me tiraient et mes foul\u00e9es s\u2019amenuisaient de m\u00e8tres en m\u00e8tres, je sentais mes genoux s\u2019accrocher aux ronces du bois et ma respiration saccad\u00e9e ne me disait rien qui vaille. Je m\u2019enfon\u00e7ais plus profond\u00e9ment dans le sol \u00e0 chaque pas, ralentissant inexorablement. Le chant lugubre d\u2019une chouette me parvenait de loin, mais je n\u2019osai pas regarder en arri\u00e8re. La terreur qui s\u2019\u00e9tait empar\u00e9e de moi quelques instants plus t\u00f4t me guidait \u00e0 travers la v\u00e9g\u00e9tation. Je n\u2019avais jamais ressenti \u00e7a, c\u2019\u00e9tait comme si mon esprit me criait au danger. La for\u00eat me semblait infinie, et dans un manque d\u2019attention, une de mes jambes se prit dans une racine et je tombai. Ma t\u00eate frappa violemment contre la terre. J\u2019\u00e9tais trop \u00e9puis\u00e9e, je voulais juste me r\u00e9veiller. Je renon\u00e7ais \u00e0 me relever en fermant mes paupi\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Je rouvris les yeux et la clart\u00e9 de l\u2019endroit o\u00f9 je me trouvais m\u2019\u00e9blouit.<\/p>\n\n\n\n<p>-\u00ab&nbsp;Lou, tu m\u2019entends&nbsp;? Le visage de Jon entra dans mon champ de vision.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me relevai de moi-m\u00eame sur le lit, et observai la pi\u00e8ce autour de moi. Tout le monde m\u2019observait, \u00e9merveill\u00e9. Mon coll\u00e8gue, quant \u00e0 lui, m\u2019adressait un regard fier.<\/p>\n\n\n\n<p>-On a r\u00e9ussi, poursuivit-il en posant une main qui se voulait r\u00e9confortante dans mon dos. Il faut juste qu\u2019on teste tes aptitudes et tes sens pour v\u00e9rifier s\u2019il n\u2019y a pas d\u2019anomalie.<\/p>\n\n\n\n<p>Je continuai de le regarder, dans une sorte d\u2019\u00e9tat de choc, je ne me sentai pas vraiment \u00e0 ma place. Comme si j\u2019avais pass\u00e9 trop de temps dans les limbes pour en revenir.-Lou tout va bien&nbsp;? Pourquoi tu ne parles pas&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>-Je\u2026 je\u2026 il ne me laissa pas la chance de finir.<\/p>\n\n\n\n<p>-Oui, c\u2019est normal tu es en \u00e9tat de choc, mais tout va bien, on a regard\u00e9 tes constantes et tu n\u2019as aucune incoh\u00e9rence. Il va falloir que tu te l\u00e8ves pour qu\u2019on puisse aller t\u2019examiner.<\/p>\n\n\n\n<p>-Oui\u2026&nbsp;\u00bb C\u2019est tout ce que je r\u00e9ussis \u00e0 lui r\u00e9pondre.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment lui dire qu\u2019il y avait un probl\u00e8me, il avait l\u2019air si heureux d\u2019\u00eatre parvenu jusque-l\u00e0. Il m\u2019aida \u00e0 descendre du lit mais au moment o\u00f9 mes pieds touch\u00e8rent le carrelage je me sentis partir et m\u2019\u00e9croulai.<\/p>\n\n\n\n<p>En rouvrant les yeux j\u2019\u00e9tais \u00e0 nouveau dans cette maudite for\u00eat. Cependant je n\u2019\u00e9tais plus seule. Trois silhouettes floues et noires me surplombaient, en ouvrant plus grand les yeux je vis la chouette pos\u00e9e sur l\u2019\u00e9paule de l\u2019une d\u2019elles.-\u00ab&nbsp;D\u00e9sol\u00e9e, tu n\u2019as pas \u00e9t\u00e9 assez rapide demoiselle. Dit-elle en souriant tristement.<\/p>\n\n\n\n<p>-Il n\u2019y a pas de quoi craindre la mort, dit la silhouette du milieu d\u2019une voix gutturale. Le plus dur est pass\u00e9, ajouta-t-il en me tendant la main. Malgr\u00e9 le flou de ses formes je distinguai un semblant de sourire poli \u00e0 travers son \u00ab&nbsp;visage&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>-Tu es rest\u00e9e trop longtemps dans les limbes pour repartir, ajouta le d\u00e9tenteur de gauche, mais crois-moi, il n\u2019y a rien d\u2019effrayant dans le monde des morts.<\/p>\n\n\n\n<p>-Donc c\u2019est juste fini&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>-Tu ne peux plus repartir.<\/p>\n\n\n\n<p>-M\u00eame si tu y arrivais, tu serais destin\u00e9e \u00e0 mourir, ajouta la chouette.<\/p>\n\n\n\n<p>-Vous m\u2019avez dit que les limbes sont un monde qui est propre \u00e0 moi, est-ce que vous \u00eates repr\u00e9sent\u00e9s comme des ombres pour une raison particuli\u00e8re ou est-ce que c\u2019est juste votre forme naturelle&nbsp;? les questionnai-je, pouss\u00e9e par la curiosit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>-Nous changeons d\u2019aspects en fonction des \u00e2mes. Nous nous transformons en la chose qui les terrifie le plus. L\u2019inconnu est s\u00fbrement votre plus grande peur&nbsp;\u00bb me r\u00e9pondit-il.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019eus pas le temps de nier, que ma t\u00eate se mit \u00e0 tourner, sans m\u00eame m\u2019en rendre compte je me retrouvai \u00e0 nouveau couch\u00e9e au sol, et je plongeai dans le noir.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me r\u00e9veillai de force, des griffes entravaient mon esprit, semblant vouloir me retenir, m\u2019emmener \u00e0 elles. Mais en ouvrant les yeux, je ne vis que Jonathan pench\u00e9 au-dessus de mon corps que je ne sentais plus. Il me murmurait sans s\u2019arr\u00eater des choses que je ne parvenais pas \u00e0 comprendre. Enfin non, il semblait me crier dessus tout en criant sur les autres personnes autour qui s\u2019activaient dans la salle. Parmi toute cette cohue je ne comprenais plus ce qui se passait, mais je parvins tout de m\u00eame \u00e0 formuler une phrase.<\/p>\n\n\n\n<p>-\u00ab&nbsp;On a r\u00e9ussi, murmurais-je, mais c\u2019est fini, je ne peux plus repartir, je suis destin\u00e9e \u00e0 mourir John.<\/p>\n\n\n\n<p>-Qu\u2019est-ce que tu racontes, tu es en train de d\u00e9lirer Lou, \u00e7a va aller, reste avec moi, on avait envisag\u00e9 toutes les complications possibles, on a r\u00e9ussi et tu vas continuer \u00e0 vivre.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019entendais vaguement John hurler de l\u2019aider, de m\u2019aider moi, lorsque mes paupi\u00e8res se ferm\u00e8rent d\u2019elles-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p> Je sentis une main me secouer doucement l\u2019\u00e9paule. J\u2019ouvris alors les yeux, sortant de ma torpeur, et r\u00e9alisai que j\u2019\u00e9tais affal\u00e9e sur mon canap\u00e9 face au visage de mon colocataire John qui m\u2019observait, retenant son sourire moqueur. Il parla le premier&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>-\u00ab Tu parlais en dormant, tu racontais de dr\u00f4les de choses d\u2019ailleurs ! dit-il en pouffant de rire.<\/p>\n\n\n\n<p>-Ah oui&nbsp;? Et quel \u00e9tait le sujet de mon monologue pour que je t\u2019amuse autant&nbsp;?! demandai-je en me frottant les yeux.<\/p>\n\n\n\n<p>-Des d\u00e9lires de vie apr\u00e8s la mort, des limbes et de je ne sais quoi.<\/p>\n\n\n\n<p>Je restais muette face \u00e0 ses explications, lui ne cessait de me regarder en gloussant. Je lui donnais une chiquenaude sur le nez pour le faire taire, et me tournant vers la t\u00e9l\u00e9, voyais qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 9h 36 du matin. L\u2019\u00e9cran plat affichait aussi mon film pr\u00e9f\u00e9r\u00e9&nbsp;: <em><u>L\u2019exp\u00e9rience interdite<\/u><\/em>, mis sur pause. Je marmonnais quelques mots dans ma barbe, me sermonnant de m\u2019\u00eatre endormie en regardant un \u00e9cran car \u00e9tant en \u00e9tudes de m\u00e9decine je ne pouvais pas me permettre ce genre de choses et me retournai \u00e0 nouveau vers John qui me fixait toujours, rieur.<\/p>\n\n\n\n<p>-\u00c7a ne serait pas la 16 -\u00e8me fois que tu le regardes Loulou&nbsp;? plaisanta-t-il<\/p>\n\n\n\n<p>-Mais non qu\u2019est-ce que tu racontes, je ne suis pas aussi addict.&nbsp;\u00bb d\u00e9mentis-je,<\/p>\n\n\n\n<p>John leva les yeux au ciel et se dirigea vers la cuisine pour me pr\u00e9parer un caf\u00e9 car d\u2019apr\u00e8s lui j\u2019avais une mine affreuse. Moi, j\u2019essayai tant bien que mal de me rappeler de quoi j\u2019avais bien pu r\u00eaver, sans succ\u00e8s\u2026 Je sentis un pincement venant de mon doigt et en le regardant je d\u00e9couvris une marque triangulaire, comme si un oiseau m\u2019avait mordue. Tout m\u2019avait paru bien trop r\u00e9el\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>De Cl\u00e9mence Thiry<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis toujours les hommes se demandent ce qu\u2019il y a apr\u00e8s la mort. Une nouvelle vie&nbsp;? Le paradis&nbsp;? Ou les enfers&nbsp;? Devenons-nous des \u00e2mes qui vagabondent dans le monde, ou sommes-nous juste vou\u00e9s \u00e0 nous \u00e9teindre lentement comme notre corps. 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