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Terrasse de kame : 3. Description

1) Les terrasses de kame :

Un kame est une terrasse fluviatile installée en marge d'une ancienne vallée glaciaire et constituée par l'accumulation de matériaux d'origine fluvio-glaciaire. Les débris lâchés par le glacier qui fond et recule sont emportés par les eaux juxtaglaciaires s'écoulant dans des ruisseaux le long du glacier (fig.2).

Fig. 2: Vallée englacée - en haut, et structures sédimentaires résiduelles observées
après la fonte du glacier - en bas avec la terrasse de kame latérale D. Harmand)

En effet, lors du retrait et de la fonte du glacier, un espace entre la glace qui fond et un versant de la vallée (alors libre de glace) peut se former et concentrer l'écoulement des eaux glaciaires.

Des creux, des poches d’eau (comme des petits lacs), des moulins (= puits taillés dans un glacier par les eaux de fonte) peuvent se former et être comblés par des sédiments. Après disparition du glacier, le long du versant, subsistent certains dépôts très caractéristiques, avec un talus raide et un sommet qui constitue un replat plus ou moins allongé et accolé à ce versant : ce sont les terrasses de kame. [1] [2] [3] (fig.2).

De telles terrasses de kame ont été laissées par le glacier de la Durance dans les Hautes-Alpes, comme à Montdauphin près de Guillestre, à Châteauroux-les-Alpes (fig.3) ou à Embrun par exemple.

Fig. 3: La terrasse de kame de Châteauroux-les-Alpes Pascal Saulay-Parc National des Ecrins)

2) La vallée de la Cleurie :

La vallée de la Cleurie est l'héritage d'un long passé glaciaire. Cette vallée (fig.4 et 5) a été façonnée par une diffluence du glacier de la Moselotte qui ne descendait pas, comme on l'a longtemps cru, mais au contraire remontait la vallée depuis le sud-ouest vers le nord-est [2]. Deux autres glaciers contemporains (de la Vologne venant de l'est et du Cellet venant du sud) convergeaient également vers la vallée de la Cleurie (fig.5). Toutes les structures géomorphologiques visibles aujourd'hui dans cette vallée sont des traces laissées lors des différents stades de la dernière glaciation würmienne [2].

aquarelle moraines

Fig. 4: Les moraines frontales du glacier de la Cleurie. Aquarelle de Henri HOGARD (1851) [4].
Le peintre regarde vers l'aval de la vallée actuelle de la Cleurie. La moraine frontale du Rain Brice
est en premier plan ; les autres bourrelets sont les moraines du Tholy, qui barrent la vallée.
La disposition qui permet de les voir ainsi est en fait un artifice du peintre [2].

Les moraines abandonnées par le glacier ont été entaillées ultérieurement par la Cleurie (fig.4 et 5).

Fig. 5: Position des trois anciens glaciers et des différents dépôts glaciaires
dans la vallée de la Cleurie (© J.C. Flageollet 2002 - modifié) 

1 = moraine du Rain Brice ; 2 à 5 = moraines du Tholy ; la flèche 5 indique la position du kame lacustre
au lieu-dit "Le Passage" ; les petites flèches noires indiquent le sens du courant enregistré par les dépôts
- cliquer sur l'image pour l'agrandir -

Les vallums morainiques sont des bourrelets perpendiculaires à la vallée et de formes imposantes (ici jusqu'à 200m de dénivelé) en comparaison des modestes collines (ici 25 m de dénivellé) aplaties et sub-parallèles à la vallée que constituent les terrasses de kame (fig. 5 et 6).

Fig. 6: Vue vers l'amont sur le kame lacustre à sommet plat (au deuxième plan derrière la ferme
- cliquer sur l'image) au lieu-dit "Le Passage" et l'énorme moraine frontale ou "Noirmont"
qui domine la vallée de presque 200m (voir fig.1 et fig.5 pour la localisation). D. Harmand 2008)

3) La terrasse de La Forge :

Le site du lieu-dit "Le Passage" sur la commune de La Forge est caché derrière une terrasse de kame exploitée comme ressource de granulats par la Société Peduzzi de St-Amé (88).

Cette terrasse est située en rive droite de la Cleurie, à la base du versant, à l'altitude de 640m. Au moment de sa formation, cette terrasse occupait la lèvre gauche du glacier qui lui remontait la vallée.

vue d'ensemble du site

Fig. 7: Vue d'ensemble de la terrasse depuis le versant opposé (rive gauche de la Cleurie)
et état de l'exploitation en 2009 (© BRGM)

L'édifice est une structure losangique allongée nord-est / sud-ouest, parallèlement à la vallée. La morphologie d'ensemble de ce dépôt, en forme de colline couronnée par une surface supérieure plane, est bien caractéristique d'une terrasse de kame (fig.7 et 8).

Fig. 8: Sommet plat du kame dans sa partie aval préservée non encore exploitée (état en 2019)

Ses dimensions sont modestes (hauteur 20 à 25 m pour une longueur de 300m environ - fig.5 et 6) par rapport à celles des vallums morainiques du glacier de la Cleurie (fig.6).

L'excavation créée par l'exploitation a éventré le kame et permis l'accès aux structures sédimentaires qu'elle recèle (fig.9).

Fig. 9: Vue de l'excavation creusée dans le kame en 2019 (vue vers l'aval)

Le front de taille qui permet d'observer la cohésion et la disposition des dépôts (fig.10) était imposant avec une hauteur de plus de 20 m au début de l'exploitation.

Fig. 10: Vue sur la hauteur du front de taille en 2008 - remarquer les stratifications soulignées
aussi bien dans les dépôts fins au sommet que par certains dépôts grossiers D. Harmand)

Des stratifications bien nettes peuvent être observées dans les dépôts fins du sommet du kame ; mais certains autres niveaux plus hétérogènes riches en blocs et galets indiquent que l'énergie hydraulique a pu varier à certains moments (fig.11 et 12).

Fig. 11: Niveaux plus grossiers et hétérogènes au somment du kame

Fig. 12: Dépôts stratifiés hétérogènes montrant des variations dans l'énergie
présente au moment du dépôt (gros plan de la partie droite de la fig.11)

Le matériel dominant est principalement du sable (fig.13), une arène assez mal classée de granulométrie hétérogène mais bien lavée donc dépourvue d'argile, dans lequel se mêlent des éléments plus grossiers.

Les blocs et galets sont le plus souvent prismatiques, trapézoïdaux, anguleux et à faces souvent aplaties (fig.14). Ces formes héritées sont typiquement les signes d'un façonnage par l'action des glaciers.

Ces fragments plus ou moins grossiers sont des blocs de granites et de roches métamorphiques locales.

granulométrie hétérogène des sables

Fig. 13 : Sable mal trié à granulométrie assez hétérogène

galets à surfaces planes

Fig. 14: Galets de granite et de roches métamorphiques, anguleux, trapézoïdaux
et à faces aplaties caractéristiques d'une érosion glaciaire

Bibliographie:

[1] Dominique HARMAND coord. (2011) - La vallée de la Cleurie revisitée 150 ans après Xavier Thiriat. Actes du colloque universitaire du Tholy (20-21/09/2008). Association des Amis de la vallée de Cleurie, 283 p.

[2] Jean-Claude FLAGEOLLET (2002) - Sur la trace des glaciers vosgiens, CNRS Ed., 212 p.

[3] Claude BEAUDEVIN et Bruno PISANO - Webmasters du Site geoglaciaire

[4] André WEISROCK (1999) - Un précurseur de la géomorphologie, Henri Hogard (1808-1880) et la glaciation des Vosges », Revue géographique de l'Est, XXXlX, 1, pp. 7-20.


Auteurs : Philippe MARTIN - Roger CHALOT - Didier ZANY - Date de création : 03/07/2019 - Dernière modification : 30/08/2020

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Contact : Roger CHALOT (Géologie) - Christophe MARCINIAK (Réalisation)