Un œil fixé sur l’horloge de mon bureau, j’attends désespérément 16h pour rentrer chez moi. Bienvenue dans cette énorme ville qu’est New York ! Population ? 20 millions d’habitants, et pourtant je ne me suis jamais sentie aussi seule. A vrai dire je n’ai jamais rêvé de vivre ici. C’est mon père, le businessman de la famille qui m’a poussé à quitter ma petite campagne pour venir travailler dans la ville du « rêve américain ». Selon lui, on ne refuse pas une opportunité à New York. Moi, j’aurais préféré rester dans ma campagne pour reprendre la boutique d’antiquités de ma tante Hélène, plutôt connue et surtout caresser tous les petits chats et les petits chiens qui passent.
Me voici donc sur la route pour retrouver mon cocon, mais bien sûr je ne l’ai pas dit à mon père, convaincue qu’il n’aurait pas compris…Mais j’ignorais encore que ma campagne cachait bien plus que des champs et des fleurs, et que le retour de certaines créatures allait changer ma vie.
A 16h, après 2 jours de voyage, j’arrive enfin dans ma petite campagne bretonne. Hop direction la maison de tante Hélène pour poser mes bagages. A peine arrivée, je sens l’odeur de sa boisson spéciale « sorcière » : le Olympus. Mais bon tout le monde sait que les sorcières et les dieux n’existent pas… Je me laisse guider par l’odeur pour la retrouver. « Tante Hélène » chantonnai je, mais un silence me répond. J’arrive à la table de la cuisine et retrouve un mot avec son tarot habituel sur les dieux grecs : « Ma chère Circé, je savais que tu viendrais, retrouve moi à la boutique ». Euh ok ça c’est bizarre mais bon le mot est collé sur ma carte préférée donc je me dépêche. Avant de partir je fais quand même un petit câlin à mimi, le chat de la maison, mais je trouve qu’il a changé de couleur il était noir dans mes souvenirs. Bon bizarre. J’ai aussi retrouvé ma petite voiture orange, comme mes cheveux d’ailleurs, parce qu’à New York impossible de voyager dans une voiture. Une vraie misère !
Arrivée devant ma boutique préférée, j’ouvre la bouche à m’en arracher la mâchoire. Charmant, je sais. Mais deux hommes, enfin si ce sont des hommes, étaient de dos, mesurant au moins 2 mètres de haut, ils prenaient toute la place. Ils avaient une couleur de peau qui brillait de mille feux. Je ne les avais pas vus dans la boutique, même si ses clients venaient des quatre coins du monde, car ma tante sait dénicher les trésors les plus secrets de l’univers. Elle me rapporte souvent des vases grecs. C’est pour cela que je dois prendre la relève : voyager et résoudre des énigmes pour trouver les antiquités est un quotidien fatiguant pour elle. J’entre donc à pas de souris dans mon antre, j’avoue que je suis un peu intimidée. Malheureusement, j’avais oublié cette foutue clochette quand un client rentre. Et pourtant cette clochette m’a traumatisé durant les longues heures d’été… Une voix se fait donc entendre de la réserve : « Oh ma Circé chérie, je t’attendais ! Comment s’est passé ton long voyage ? » Avant que je n’aie pu répondre l’un des deux hommes se retourna : « Ah enfin l’heureuse élue. » C’était un homme magnifique, on aurait dit que son visage avait été taillé sur mesure tandis qu’une cicatrice lui barrait l’œil. Son coéquipier l’imita, il était tout aussi charmant mais il haussa les sourcils avec mépris et ajouta : « on doit voyager avec ça, elle n’a pas changé ? » Je crois que j’avais mal entendu : « Pardon ? » ajoutai-je. Son acolyte lui décocha un coup dans les côtes et se tourna vers moi : « Veuillez excuser son impertinence. Je m’appelle Phobos et lui c’est Deimos » dit-il en le désignant de la main. Je ne pus réprimer un rire tandis qu’ils me dévisageaient tous les deux. C’est à ce moment-là que tante Hélène décida de sortir de la réserve. Ma sauveuse, elle me sauve d’un moment ultra gênant.
« Bonjour ma chérie, je ne te présente donc plus Deimos et Phobos, ils m’ont appelée pour une grande quête. Une ancienne histoire nous lie depuis très longtemps. J’ai donc proposé ton nom pour les accompagner car tu es la meilleure chercheuse d’entre nous ! affirma-t-elle
«C’est drôle d’avoir des prénoms de dieux grecs pour aller à la recherche d’antiquités, ironisai je »
Ils me regardèrent tous les deux avec un regard mauvais… Depuis que j’étais arrivée ici j’avais la trouille. Deimos brisa le silence : « Bon je sais que ce n’est pas ton job à plein temps, mais il faudrait que tu nous aides à trouver une relique très précieuse avant qu’elle ne tombe entre de mauvaises mains.
Oui, bon, ça suffit, Deimos. Les discours plus tard. On est là pour le Palladion d’Athéna, ajouta Phobos. »
Je les regardai tous deux, bouche bée. Pendant ce temps, tante Hélène m’avait servi un verre d’Olympus que j’accepta avec joie, j’en avais bien besoin. Je crois que j’étais en train de comprendre que ma vie est en train de basculer : mon père qui me trouve par magie un job à New York, le tarot, la voyance, le chat, mon prénom, l’Olympus, Deimos et Phobos et pour finir le Palladion d’Athéna… Je buvais une gorgée du liquide rougeâtre pour faire passer ces nouvelles en même temps que mes émotions. Soudain, une vague de souvenirs envahit mon esprit. Je me voyais plus jeune avec une baguette dans les mains, je jouais avec Deimos qui se transformait en chien loup, je regardais ma tante enseigner la magie aux jeunes filles. Je devais faire une mauvaise tête parce que tante Hélène prit la parole : « Je suis désolée ma chérie, je me devais de te rendre tes souvenirs. Ta mère et moi sommes les seules sorcières de la famille. Quand nous avons découvert que tu faisais partie des nôtres nous étions tellement contentes, mais cela n’a pas duré, ton père nous a menacées et refusait toute sorte de magie pour sa fille. Alors on a modifié tes souvenirs et tu es partie à New York 1 an après… Les dieux savent reconnaître l’une des leurs, c’est pour cela qu’ils sont là
Nous avons fait un pacte de sang pour te protéger, tu es une sorcière très puissante et dès petite tu étais la meilleure des tiennes pour les reliques. Alors nous venons jusqu’à toi sorcière, mène nous Circé !
Ma tante referma la boutique derrière nous. La chasse aux reliques venait de commencer.
Par Lalie Charf
