Les chemins de la Pierre : 5. Annexe I
Les pierres de taille et de construction
La Pierre de Savonnières La Pierre d'Euville La Pierre de Jaumont Les Grès Les Granites des Vosges
La Pierre de Savonnières provient d'un bassin carrier localisé dans le sud-ouest du département de la Meuse, qui s'étend jusqu'en Haute-Marne, sur une vingtaine de kilomètres autour de la ville de Savonnières-en-Perthois (55). Son exploitation, d'abord à ciel ouvert, a débuté à l'époque gallo-romaine et s'est poursuivie en galeries souterraines à partir du XIXème siècle. La Pierre de Savonnières est un calcaire non gélif, peu dense (densité de 1,6 à 1,8), très pur atteignant jusqu'à 99,8% de CaCO3, facile à travailler et donc apprécié comme matériau de construction. Actuellement, quelques carrières continuent à pérenniser son exploitation mais son usage est principalement dédié à la sculpture ou à la restauration de monuments historiques.

Pilastre sculpté en Pierre de Savonnières rue Lyautey à Nancy
D'un point de vue pétrogénétique, la roche correspond à un calcaire oolithique (oolites creuses ou vacuolaires) à passées lumachelliques (appelées "fromentelle") ou dolomitiques, déposé en milieu marin voire lagunaire, agité, peu profond, à la toute fin du Jurassique (étage Tithonien). Des figures sédimentaires telles que des rides de vagues ou ripple-marks sont d'ailleurs préservées à la surface de certains bancs, témoignant de dépôts à fleur d'eau subissant l'oscillation de la houle. Dans la série stratigraphique régionale, la Pierre de Savonnières caractérise la formation de l'Oolithe vacuolaire du Barrois.
La Pierre de Savonnières et la formation de l'Oolithe vacuolaire dans la série stratigraphique régionale
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Brauvilliers et Savonnières-en-Perthois (55)
La Pierre d'Euville ou d'Euville-Lérouville est une roche calcaire dense, offrant une excellente résistance mécanique, des qualités justifiant son utilisation comme pierre de taille durant des siècles. Le bassin carrier d'exploitation de cette ressource, qui comportait plusieurs dizaines de carrières, la plupart à ciel ouvert, se situe dans les terrains d'âge oxfordien moyen (Jurassique supérieur) du département et de la vallée de la Meuse, entre Verdun, au nord, et Commercy, au sud. Les plus importantes carrières, exploitées par les sociétés Fèvre et Civet, se trouvaient à Euville et à Lérouville près de Commercy, localités qui ont donné leur nom à la pierre.
La Pierre d'Euville et sa position dans la série stratigraphique régionale
D'un point de vue pétrographique, la Pierre d'Euville-Lérouville est une entroquite, c'est-à-dire une calcarénite formée de fragments bioclastiques d'échinodermes appelés "entroques", correspondant très majoritairement à des articles composant la tige (forme étoilée) et les cirres (forme losangique / rhomboédrique) d'une espèce unique de crinoïdes : Pentacrinus buschgauensis. Les entroquites de la Meuse sont issues de dunes hydrauliques déposées en milieu littoral, balayées par les vagues, à très faible profondeur et adossées à des récifs coralliens, dans un environnement de mer chaude tropicale qui prévalait dans l'est du Bassin parisien, au cours de l'Oxfordien, il y a plus de 150 millions d'années.
La Pierre d'Euville connaît l'apogée de son essor durant le Second Empire pour répondre à la demande lors des grands travaux de la ville de Paris, initiés par le baron Haussmann. Les reconstructions qui suivirent les périodes d'après-guerre de la première moitié du XXème siècle constituent les dernières années de prospérité des carrières meusiennes avant leur déclin face à la concurrence du béton.

Soubassement de bâtiment en Pierre d'Euville place Saint-Epvre à Nancy
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Euville (55)
Dieue-sur-Meuse (55)
Lérouville (55)
Mécrin (55)
La Pierre de Jaumont est un calcaire extrait de plusieurs carrières (Roncourt, Malancourt, Montois...) sur le plateau de la Côte de Moselle du Pays de Briey, au nord du département de la Meurthe-et-Moselle. Prisée à la fois pour sa qualité esthétique, due à sa couleur jaune doré, sa résistance physique et sa facilité à être sculptée, elle constitue un matériau de construction utilisé depuis l'Antiquité. Elle caractérise de nombreux bâtiments historiques de la ville de Metz et du Pays Haut surtout mais aussi parfois ailleurs en Lorraine comme à Nancy. Son exploitation comme pierre de taille ou sous forme de calcaire concassé perdure aujourd'hui encore.

Pierre de Jaumont intégrée dans la façade du lycée Henri Poincaré à Nancy
D'un point de vue pétrographique, cette roche carbonatée est une oobiosparite, ce qui signifie que les éléments sont majoritairement des fragments de coquilles (= bioclastes) et des ooïdes (= grains sphériques à cortex), souvent de taille inframillimétrique, cimentés par un liant calcitique cristallin, la sparite. Les ooïdes sont toutefois souvent remplacés par des oncoïdes ou pseudo-oolites, grains ovoïdes résultant de l'encroûtement d'un bioclaste sous l'action de micro-organismes. La couleur jaune qui a valu son autre nom, "Pierre de Soleil", à la roche, s'explique par la présence de fer en faible quantité. Les constituants de la roche traduisent un environnement de dépôt marin de plate-forme, à faible profondeur, agité par les vagues de beau temps et les courants de marée. Des litages obliques ou des stratifications entrecroisées, observés à l'affleurement, attestent de l'action de courants sur la sédimentation de ces barres tidales.
Stratigraphiquement, la Pierre de Jaumont est issue de la formation de l'Oolithe de Jaumont, d'âge bajocien (Jurassique moyen). Il s'agit d'un équivalent latéral de l'Oolithe Miliaire inférieure ou "Bâlin" de la région de Nancy mais sa position stratigraphique exacte reste encore débattue actuellement.
La Pierre de Jaumont et sa position dans la série stratigraphique régionale
Liens pour accéder aux fiches sur la Pierre de Jaumont :
Roncourt (54) - Carrières de Jaumont
Montois-la-Montagne (54)
Moyeuvre-Grande (57)
Il y a 250 millions d'années, au cours de la période du Trias, au tout début de l'ère Mésozoïque, à l'emplacement des Vosges actuelles, des sables siliceux (quartz dominant), produits de l'érosion de la chaîne hercynienne, sont charriés par des fleuves jusqu'à leur embouchure sur la Mer Germanique. Pendant une dizaine de millions d'années, ces dépôts, qui deviendront des grès, forment un empilement sédimentaire pouvant atteindre 500 mètres d'épaisseur, reposant sur un socle déformé et érodé (voir aussi annexe scientifique sur le Permo-Trias continental).
En Lorraine, les grès du Trias inférieur et moyen comprennent les formations principales suivantes :
Le Grès vosgien, l'ensemble le plus épais et le plus ancien, rattaché stratigraphiquement au Buntsandstein inférieur et moyen du Trias germanique (= étages Indusien - parfois absent - et/ou Olénékien). Il correspond à d'anciennes alluvions fluviatiles, mêlant sables et galets, déposées par de grands fleuves qui divaguent et coulent vers l'Est dans un paysage plat qui deviendra le Bassin parisien. Certains dépôts se font dans des lacs, d'autres se sont accumulés sous forme de dunes, érigées par le vent en climat aride. La roche est reconnaissable à sa teinte rose brunâtre caractéristique.

Échantillon pétrographique et lame mince (quartz en nuances de gris et micas colorés) de Grès vosgien (cliché lame mince © CRPG Nancy)
Les Couches intermédiaires (Olénékien) et les Grès à Voltzia (Anisien) sont plus récents et témoignent, pour les derniers, de l'invasion progressive de la région par la Mer Germanique venant de l'Est. Les Grès à Voltzia se mettent en place dans un environnement deltaïque. On y observe, fossilisées, des faunes et des flores d'eaux douces et salées : conifère du genre Voltzia, araignées, insectes, crustacés, poissons, méduses... La roche présente une teinte bigarrée, variant du gris verdâtre au rose brunâtre. D'un point de vue granulométrique, il s'agit d'un grès fin dont les grains de quartz ont une taille régulière de l'ordre de 1 à 2 dixièmes de millimètres.
Les grès triasiques lorrains et leur position dans la série stratigraphique régionale ; à droite échantillon pétrographique et lame mince (quartz en nuances de gris et micas colorés) de Grès à Voltzia (cliché lame mince © CRPG Nancy)
Si les grès triasiques affleurent largement en Lorraine, leur exploitation, comme pierre de construction, reste limitée à deux sites d'extraction (Niderviller en Moselle et Bleurville dans le département des Vosges). Les Alsaciens restent toutefois attachés à l'utilisation pérenne de ces matériaux. Aujourd'hui comme autrefois, c'est essentiellement le Grès à Voltzia, appelé aussi "grès à meules" (ancienne utilisation pour la production de meules à aiguiser) qui est prisé comme moellons pour le bâti. La cathédrale de Strasbourg, le château du Haut-Kœnigsbourg, le Lion de Belfort sont parmi les monuments les plus prestigieux construits en grès vosgiens. En Lorraine, le château de Lunéville, la Porte de France à Marsal ou la Basilique Saint-Maurice à Épinal présentent une intéressante architecture en grès locaux. Le Grès vosgien, plus friable, est et a été surtout utilisé comme matériaux (sable) de mortier ou de remblai.

Maison alsacienne en grès vosgien construite pour l'exposition de 1909 dans le Parc Sainte-Marie à Nancy
D'autres exploitations de grès concernent des formations géologiques plus localisées en Lorraine, parmi lesquelles, le Grès d'Hettange, extrait autrefois pour la production de pavés et de moellons. À Hettange-Grande, aujourd'hui devenue Réserve naturelle nationale géologique et site protégé, une ancienne carrière abrite le stratotype de l'Hettangien, premier étage de la période Jurassqiue.
Enfin, au Pays des Trois Frontières, à Sierck-les-Bains (57), plusieurs carrières étaient autrefois le siège d'une exploitation de quartzites (grès métamorphisés) d'âge Dévonien (Paléozoïque), utilisés pour le bâti ou comme pavés pour la voirie.
Liens pour accéder à une sélection de fiches sur les grès :
Pour le géologue, le granite est une roche magmatique plutonique à texture grenue, entièrement cristallisée, composée principalement de feldspaths, de quartz et de minéraux accessoires comme la biotite. Pour les professionnels de la pierre, l’appellation « granit » recouvre un ensemble plus large de roches dures façonnables. Dense et très résistante au gel et à l’écrasement, cette roche est largement utilisée dans le BTP (pavés, bordures, dalles, granulats) ainsi que dans la décoration, le mobilier urbain et l’art funéraire, avec des textures et des finitions adaptées à chaque usage.

Une ancienne carrière de granite vosgien au début du XXème siècle (cliché coll. J. Chaumont / B. Peduzzi © F. Durand)
Les premières graniteries du massif vosgien apparaissent à la fin du XVIIIᵉ siècle. Leur activité se développe fortement au XIXᵉ siècle, portée par les grands travaux urbains et une production intensive de pavés, parallèlement à une industrie funéraire florissante. Après la Seconde Guerre mondiale, la concurrence des granites étrangers et les contraintes d’exploitation locales entraînent un déclin progressif de la filière, aujourd’hui limitée à quelques exploitations pour la décoration ou les granulats.
Plus exceptionnellement, certaines roches magmatiques volcaniques, comme les rhyolites, ont connu une exploitation pour la fabrication de meules de meunerie destinées à la production de farine.
Position des granites vosgiens dans la série stratigraphique régionale - cliquer sur l'image pour l'agrandir
Le massif vosgien, bien que de dimensions modestes, présente une remarquable diversité de roches magmatiques, avec une trentaine de variétés de granite. Ces roches résultent d’un magmatisme ancien, daté du Carbonifère (345 à 290 millions d’années), lié à l’orogenèse varisque. Elles constituent les racines profondes d’une chaîne de montagnes aujourd’hui disparue et témoignent de processus géodynamiques complexes, depuis la subduction continentale jusqu’à la fusion de la croûte terrestre. Les derniers épisodes magmatiques tardifs du cycle varisque se manifestent, en contexte extensif, par l'émission de coulées rhyolitiques et plutons granitiques associés au sein du bassin permien des Vosges du Nord (région de Saint-Dié).
Liens pour accéder à une sélection de fiches sur les différents granites vosgiens :
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Granite des Crêtes :
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Granite du Tholy :
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Granite de Barbey-Seroux :
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Granite de Remiremont :
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Granites du Bramont et de Ventron :
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Rhyolite de la Salle :
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Vaugnérite de Clefcy et de Barançon :
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Utilisation des granites vosgiens :
Auteurs : Roger CHALOT - Didier ZANY - Date de création : 06/10/2021 - Dernière modification : 30/03/2026






