Nos élèves hôteliers ont-ils une idée assez concrète des enjeux que cachent les plats qu’ils préparent et servent à leurs clients ?
En lycée hôtelier, nous travaillons chaque jour des produits sans toujours prendre le temps de questionner leur origine et le rôle des femmes, des hommes qui se lèvent tôt pour produire, transformer, élever, cultiver ou transmettre un savoir-faire.
De là naît l’intérêt de faire réfléchir les élèves sur la manière de produire, de consommer et d’avoir un œil critique face à cette profusion alimentaire permanente, aux produits ultra transformés, à la perte de lien avec le vivant, le travail humain ou encore la condition animale.
Il semblait alors important aux professeurs, M. Matthieu (Technique culinaire), Mme Bécha (Professeure-Documentaliste) et M. Ménécier (Lettres), d’amener les élèves à poser un œil nouveau sur leur futur métier, sur leur environnement professionnel et sur le monde qui les entoure. Cela, pour ouvrir un espace de réflexion : comprendre, échanger et donner du sens en regardant autrement.
Très vite, la photographie s’est imposée alors comme une évidence.
C’était l’opportunité, avec la classe de Terminale Professionnelle A, d’enrichir la culture des élèves sur les enjeux de qualité, de nutrition, de santé, de développement durable et de faire appel à leur créativité artistique pour sublimer leur travail et valoriser leur filière.
C’était aussi l’opportunité d’accueillir, dans ce projet, la classe ULIS du lycée, avec leurs enseignantes Mme Corbier et Mme Ben Ammar, afin de permettre une mixité des publics, le partage des expériences, l’entraide et la coopération qui ont donné à cette aventure une dimension profondément humaine et inclusive, dans laquelle chacun a trouvé sa place.
Pour atteindre ces objectifs, nos élèves sont allés à la rencontre de nos partenaires dans ce projet : L’Atelier Céramique « Le Lupin » et La Ferme Monplaisir.


Mais avant cette rencontre, il s’agissait en premier lieu de préparer les élèves.
Sur plusieurs séances au CDI et à partir de divers supports documentaires, en EMI et EAC, Mme Bécha a fait travailler les élèves en groupe sur les différentes dimensions (sanitaire, sociétale, économique, humaine, écologique…) de l’alimentation saine et celle ultra transformée.
A partir de là, les élèves ont échangé sur ces sujets lors d’un débat pour en faire émerger les enjeux citoyens.
Ils ont aussi imaginé et réalisé des affiches sur une création d’évènements locaux autour d’un produit brut afin de comprendre le rôle de la communication dans le parcours des produits alimentaires bruts.
Puis, ils se sont préparés aux visites en réalisant des fiches synthétiques sur la Ferme Monplaisir et l’Atelier Céramique « Le Lupin » afin de mieux connaître nos partenaires. Ce temps, au CDI, leur a permis aussi, avec l’artiste photographe Julie Freichel, de s’approprier les bases techniques de la photographie.
Le 16 mars 2026, accompagnés de Julie Freichel et de leurs professeurs, les élèves se sont rendus Place de la Croix de Bourgogne à Nancy pour la visite de l’Atelier « Le Lupin », géré par les artistes céramistes Mme Hélène Etre et M. Kenny Broutin.

Ceux-ci ont engagé les élèves dans une démarche artistique inhabituelle pour beaucoup : imaginer, en croquis et esquisses, un contenant en céramique (assiette ou autre) qu’ils ont appris ensuite à modeler et affiner.

En même temps, chacun leur tour, ils ont photographié des différentes étapes de l’activité commune.
Les objets créés ont ensuite été confiés à Mme Etre et M. Broutin pour leur cuisson ultérieure.

De retour au lycée, la classe a fait le point sur l’activité céramique avant de travailler de nouveau sur l’alimentation ultra transformée avec Mme Bécha : Analyse de planches photographiques de Peter Menzel où les élèves pouvaient voir une famille représentative de chaque continent autour de la table du repas quotidien.
Chaque photo leur a permis de détailler les spécificités géographiques de chaque groupe familial, de l’origine des produits, des modes de production, et des situations économique et socioculturelle.


Le 8 avril 2026, les élèves ont ensuite rendu visite à M. et Mme Regnard, producteurs locaux de l’exploitation agricole de la Ferme Monplaisir à Forcelles-Saint-Gorgon, à quelques kilomètres au sud de Vézelise.
A travers leurs explications, les élèves ont perçu les réalités humaines, économiques et sociales du secteur, en lien avec les notions de responsabilité, d’engagement et de respect des acteurs de la filière.


Ainsi, les élèves ont échangé avec les producteurs et découvert leurs produits bruts, bio et locaux. Ils ont compris les avantages du circuit court : avantages économique, humain, écologique et en termes de qualité.
Comme déjà fait lors de la visite de l’Atelier « Le Lupin », les élèves ont pris de nouveau des photos de la rencontre.


Enfin, au CDI, Julie Freichel a lancé la séance de tri de toutes les photos afin que les élèves mettent en scène leurs prises de vue qui illustrent le livret final du projet.

Avec M. Mathieu, les élèves ont imaginé deux recettes sucrées et trois recettes salées à partir de produits bruts de la ferme MONPLAISIR. Puis, ils ont mis en scène le dressage et tenté de sublimer par la photographie, accompagnés de Julie, les plats réalisés.





Les objets en céramique fabriqués par les élèves seront exposés dans la salle de restaurant d’initiation du lycée.

Un vernissage de ce beau travail est prévu le 23 juin avec une remise à chaque élève du livret photos et d’un des objets en céramique réalisés autour d’un goûter.

Ainsi, ce projet interdisciplinaire a permis de donner du sens aux apprentissages en articulant compétences professionnelles, créativité artistique, culturelles et citoyennes, tout en ancrant les élèves dans la réalité des filières alimentaires, du respect du travail de chacun des acteurs de la filière et des enjeux de société.
L’engagement des élèves a été de qualité dans un enthousiasme réel exprimé et verbalisé :
« Nous avons utilisé nos cinq sens, le goût : car nous avons goûté les produits de la ferme (fromage, saucissons), le toucher : car nous avons manipulé de la terre à l’atelier de céramique pour créer nos propres assiettes que nous avions dessinées, l’odorat : car nous avons senti les odeurs de la ferme (foin, fumier, vaches, cochons, fromage, terre), de la céramique et enfin l’ouïe avec les animaux de la ferme et de la nature autour… »

« Chaque élève a eu la possibilité d’apprendre à prendre des photos avec Julie et nous les avons trié tous ensemble en faisant nos propres choix et en apprenant à avoir un regard différent sur l’histoire que les photos racontaient et celle que nous voulions transmettre . »
Être acteur de leur choix de production et de réalisation du projet, les rencontres et le changement d’environnement des lieux d’apprentissages habituels, ont été moteur pour eux et leur a donné une motivation de s’investir très positive. Une expérience qu’ils mettront assurément à profit dans leur avenir d’adulte et de professionnel accompli !






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