2e Conférence HGGSP « Faire de l’Histoire, tisser les mémoires »
Histoire et mémoire s’entremêlent : parcours inspirants, résistantes oubliées, passion partagée avec les élèves du lycée Alfred Mézières de Longwy.
Le cycle de conférences inauguré en décembre dernier par les élèves de Terminale HGGSP s’est poursuivi le lundi 9 février 2026 avec une deuxième rencontre intitulée “Faire de l’Histoire, tisser les mémoires”. Inscrite dans le Thème 3 du programme – “Histoire et mémoires” -, cette matinée avait pour ambition de montrer aux lycéens comment se fabrique le savoir historique et pourquoi la mémoire reste un enjeu vivant, parfois douloureux.

Deux intervenants aux profils complémentaires ont pris la parole : Nathan Andreo, ancien élève du lycée Alfred Mézières devenu chercheur en histoire coloniale, et Marie Fridrick, doctorante et chargée de cours à l’Université de Lorraine, dont la thèse porte sur la résistance féminine en Moselle annexée durant la Seconde Guerre mondiale.
Un ancien du lycée devenu chercheur : le parcours de Nathan Andreo
La première intervention a permis de lever un malentendu tenace : non, les études d’histoire ne mènent pas uniquement au professorat. Nathan Andreo a détaillé la diversité des débouchés – archives, musées, sites touristiques, fondations, associations patrimoniales, recherche – avant de retracer son propre cheminement. Titulaire d’un bac ES sans moyenne exceptionnelle en histoire, il découvre sa vocation lors d’un exposé sur les Bureaux arabes en Algérie coloniale, ces structures administratives qui, entre 1841 et 1870, faisaient le lien entre les populations locales et l’armée française. Un livre de Jacques Frémeaux, trouvé au hasard de ses recherches, devient le point de départ d’un mémoire de master de plus de 200 pages, puis d’un projet de thèse.
Son témoignage a particulièrement résonné auprès des élèves pour la même raison symbolique que celui de Thomas Vescovi lors de la première conférence : il est passé par les mêmes couloirs qu’eux. Léonore a trouvé son récit “vraiment intéressant et motivant, parce que ça montre qu’on peut découvrir sa passion en cours de route et qu’une petite curiosité peut devenir un vrai projet”. Pour Jade, la conférence a révélé que le jeune âge de l’intervenant rendait “son intervention très accessible”, créant “une vraie proximité avec le public”. Angela a quant à elle retenu un message rassurant : “la réorientation n’est pas un échec, mais juste une autre étape dans un parcours”. Un sentiment partagé par Lisa, qui rapporte les conseils de Nathan Andreo : “ne pas craindre d’aller ailleurs que dans notre secteur” et surtout comprendre que “se réorienter si on le souhaite n’est pas un échec”.
Pour Julie, qui s’interroge encore sur son avenir, la conférence a eu le mérite de donner “une meilleure idée de ce que c’est”, avec “beaucoup d’analyse et de rédaction”, ouvrant une porte qu’elle n’envisageait pas forcément. Kenzo, de son côté, a retenu que Nathan “n’était pas forcément l’un des meilleurs élèves de sa classe” et qu’il est “possible de réussir même sans avoir un parcours scolaire exceptionnel, à condition de persévérer”.
Clara a saisi un principe fondamental du métier : “l’historien travaille à partir d’archives et doit croiser les sources pour vérifier les informations”. Alexis complète en soulignant que “quand on fait de l’histoire, on ne doit pas donner notre avis, on doit être objectif et factuel”.
Marie Fridrick et les résistantes oubliées de Moselle
Si la première partie a éclairé les parcours possibles, la seconde a véritablement captivé l’auditoire. Marie Fridrick, dont la thèse est financée par la Région Grand Est, a présenté ses recherches sur les femmes résistantes en Moselle annexée, un sujet encore largement méconnu. Son point de départ : la bande dessinée Saboteuses, qui met en scène une espionne britannique en France durant la guerre. En relevant les stéréotypes – femmes sexualisées, clichés de la “blonde séductrice” – et les incohérences historiques de l’ouvrage, l’intervenante a posé une question stimulante : la culture populaire est-elle complètement détachée de la réalité historique ?
Marie Fridrick a ensuite déroulé une chronologie précise de l’historiographie de la Résistance : la commission Marcel Neigert (1945-1951) qui structure les premières définitions, l’apparition des thèses universitaires (1951-1969), l’ouverture des archives et le thème des “années noires” popularisé par Henry Rousso (1970-1990), puis, à partir des années 2010, le développement des études sur la résistance féminine, portées notamment par les travaux de Catherine Lacour et de Sarah Chabert.
Les chiffres ont frappé les esprits : sur 62 000 médaillés de la Résistance, seules 3 100 étaient des femmes – soit 5 %. Parmi les Compagnons de la Libération, 6 femmes seulement sur 1 038 ont été distinguées. Maxime résume le constat partagé par beaucoup : “les femmes ont beaucoup participé, elles transmettaient des messages, soutenaient les réseaux et prenaient part à des actions secrètes”, et pourtant “leur rôle a longtemps été moins mis en avant que celui des hommes”. Pour Myriam, ces interventions ont montré que “dans l’histoire, les femmes ne sont pas forcément considérées comme des héroïnes”. Hafsa renchérit : les femmes ont longtemps été “invisibilisées” dans les récits officiels, et il est essentiel de “mettre en lumière des acteurs souvent oubliés, comme les femmes résistantes”.
Des destins qui marquent les esprits
Comme lors de la première conférence, l’émotion a trouvé sa place aux côtés de l’analyse. Marie Fridrick a présenté plusieurs profils de résistantes mosellanes, à commencer par Marie Parmentier (née Hackin), archéologue et première résistante mosellane reconnue, qui rallie Londres dès l’appel du général de Gaulle et contribue avec Simone Mathieu à la création du service féminin des volontaires françaises.
Mais c’est le destin de Pierrine Fiani qui a le plus bouleversé l’auditoire. Agée de 17 ans en 1944, déjà mère d’un enfant, elle travaille dans une usine de munitions près de Metz où elle sabote la production. Dénoncée, arrêtée, torturée, elle décède en janvier 1945 des suites de ses blessures. Sa famille se battra pendant des décennies pour obtenir la mention “Morte pour la France”, qui ne lui sera accordée qu’en 2019. Son frère décède peu après avoir vu aboutir ce combat mémoriel. Olivia confie que les sujets abordés lors de cette seconde intervention l’ont “beaucoup touchée”, tandis qu’Angela souligne que “le fait qu’il reste très peu de traces sur certaines résistantes montre aussi que l’histoire n’est pas complète, et que c’est important de continuer à chercher et à transmettre leur histoire”.
L’intervenante a également présenté le projet du Mur des Noms de la Région Grand Est, un monument en cours de construction qui recense près de 40 000 victimes de la Seconde Guerre mondiale – incorporés de force, civils, Juifs, résistants, Tsiganes, Témoins de Jéhovah, malades psychiatriques -, illustrant la diversité des destins brisés entre 1940 et 1945. Jade salue ce “projet de mémoire important qui rend hommage aux victimes” et dont les résistantes féminines, “dont l’engagement et le courage méritent d’être davantage connus”, constituent une part essentielle. Marie Fridrick a enfin mentionné le podcast “Entre Nuit et Lumière”, qui contribue à ce travail de mémoire, ainsi qu’une base de données en ligne permettant à chacun de retrouver des informations sur les personnes inscrites au Mur des Noms.
Comprendre la fabrique de l’histoire
Au-delà des parcours individuels, l’objectif pédagogique de cette conférence était de faire saisir aux élèves la distinction fondamentale entre histoire et mémoire. Maxime l’a clairement formulé : “l’histoire, c’est un travail rigoureux et scientifique”, fondé sur l’analyse des archives, tandis que “la mémoire est plus personnelle et reflète ce que les gens se rappellent. Elle peut être influencée par les émotions ou les opinions”. Pour Aarohn, la conférence a permis de comprendre que “l’histoire est un travail scientifique qui demande du temps et de la rigueur” et que certains chercheurs s’intéressent à “des sujets encore peu mis en avant, comme la place des femmes dans la Résistance française”.
Nathan retient quant à lui la partie sur la résistance des femmes mosellanes, un sujet “dont on n’entend pas souvent parler”, qui lui a “donné envie d’en savoir plus”. Alexis salue l’expertise de Marie Fridrick sur “un sujet peu commun” qui occupe pourtant “une place très importante dans la mémoire”. Angela résume bien l’esprit de cette matinée : la proximité géographique du sujet l’a marquée, et lui a fait comprendre que “la résistance, ce n’était pas seulement les armes”.
Jade conclut en soulignant la complémentarité des deux interventions : “l’une plus proche de notre génération, l’autre plus axée sur la recherche et la transmission historique”. Une deuxième conférence réussie qui, selon les mots de Lisa, a permis “d’échanger avec les intervenants mais aussi de mieux comprendre leurs recherches”. Le cycle de rencontres “Des parcours de terrain pour comprendre l’actualité” se poursuit : les élèves ont désormais rendez-vous pour la troisième conférence, qui viendra enrichir encore le lien entre le programme et l’actualité géopolitique et juridique.


