Il était une fois, les conteurs du monde : un voyage plurilingue
Au lycée Alfred Mézières, des élèves de diverses classes racontent des contes multilingues pour célébrer les langues et cultures._ _
Au lycée Alfred Mézières, « Il était une fois, les conteurs du monde : un voyage plurilingue » rassemble des élèves de Seconde, Première et Terminale autour des contes et légendes, en français et dans 10 langues (espagnol, allemand, anglais, italien, arabe, kabyle, portugais, valencien, galicien, suédois). Inscrit dans la Semaine des Langues 2026, dont le thème est « Les langues pour comprendre le monde », le projet s’est offert un slogan à son image : « Raconter, contar, to tell, erzählen, raccontare le monde autrement »


Un projet en trois actes
Ce projet interdisciplinaire et interlangue a débuté tôt dans l’année et se déploie en trois actes, à la manière de Shakespeare dans Roméo et Juliette. Né du constat que beaucoup de lycéens redoutent la prise de parole à l’oral, surtout en langue étrangère, il s’appuie sur le théâtre pour aider les élèves à dépasser le trac : jouer un personnage, c’est oser une autre voix, une autre posture, sans la pression du « passage au tableau ». Il répond aussi à un besoin d’accès à la culture dans un territoire éloigné des grandes scènes : une conteuse professionnelle, Nathalie Galloro et le Centre européen Robert Schuman de Scy-Chazelles sont venus au lycée proposer récits, ateliers et échanges autour des valeurs européennes entre autres.
Tout au long de l’année, les enseignants de langues, de français et la professeure‑documentaliste ont fait étudier des contes et légendes, avant de guider les élèves dans la réécriture d’histoires – connues ou moins connues – actualisées à la lumière des enjeux contemporains : l’entraide, l’égalité filles‑garçons, le consentement, le harcèlement, les discriminations, l’écologie, le sport, l’Europe et la paix entre les peuples. Les élèves ont ensuite imaginé une mise en scène plurilingue, réalisé affiches et supports numériques, et se sont réparti les rôles (jeu d’acteur, narration, technique, communication), développant au passage des compétences orales, linguistiques, numériques, sociales et citoyennes.
Acte I : L’Europe des langues mais l’entraide avant tout
Le premier acte, le 17 décembre, a été porté par le Centre européen Robert Schuman. Au programme : présentation de la structure, quiz sur les langues et l’Europe, puis le conte des « Musiciens de Brême » par Mathis Spranzel (stagiaire franco-allemand au CERS et volontaire allemand), utilisé comme fil rouge pour parler de coopération et de force du groupe. Entre fous rires et esprit de compétition, élèves, professeurs et assistants de langue se sont affrontés dans la bonne humeur sur les quiz de culture européenne et générale (bravo au groupe des italianistes accompagné de la bravissima signora Tokarski , victorieux ce jour‑là – forza Italia, forza ).
À l’issue de ce premier acte, une vidéo a été réalisée par Till Baerwaldt (chargé d’animation et de communication au Centre européen Robert Schuman), avec la collaboration d’une élève de Terminale Thassadit, alias « la boss en informatique ». L’affiche de cette journée ainsi que les affiches des élèves conçues par eux-mêmes, seront d’ailleurs visibles sur un mur virtuel, aux côtés des photos de cette première plongée dans l’univers des contes.

Acte II : 12 février, au cœur du projet : place à la scène
Le deuxième acte, le 12 février, a été une journée intense de répétitions et de représentations au lycée, accompagnée par la conteuse professionnelle et rythmée par les interviews des élèves. Toute la matinée, les groupes ont répété leurs contes réécrits en dix langues : costumes faits main, achetés ou empruntés (merci l’atelier du théâtre), décors projetés, entraide technique et linguistique, tout le monde était sur le pont.
À 10 h, le Centre européen Robert Schuman est revenu, cette fois avec une intervenante suédoise Ebba Granfors , et Mathis Spranzel en allemand, toujours fidèle au poste. Un conte suédois, celui de « La Reine Disa », a été présenté en version originale, puis les élèves ont découvert quelques bases du suédois avant de proposer leur propre interprétation de cette histoire. Ce moment a permis de s’ouvrir à la culture suédoise (Hejj ! rassurez‑vous, aucun meuble Ikea n’a été maltraité pendant l’atelier).
Cette fois-ci, un Kahoot sur la culture générale suédoise a été lancé ! Entre éclats de rires, suspense et batailles acharnées, ce sont finalement deux professeurs qui ont remporté la victoire face à leurs élèves (et promis… aucun passe-droit, voyons !).
Le saviez-vous, un fait amusant : en Suède existe la tradition du « lördagsgodis », littéralement « bonbons du samedi » : les enfants (et souvent les adultes) ne sont censés manger des confiseries qu’un jour par semaine, le samedi.


À 13 h, ce sont les assistants de langue qui sont montés sur scène pour livrer leur interprétation de contes (Les musiciens de Brême) dans leurs langues respectives. On ne pouvait pas faire plus international : allemand (merci à Karoline), italien (merci à Claudio), anglais (merci à Wisdom) et espagnol (merci à Tania qui a motivé la troupe des assistants), sans oublier la douce voix de la narratrice, Mme Noel Anaïs (pour le rôle de narrateur, certains membres de l’équipe n’ont malheureusement pas passé le casting…).
À 14 h, place au grand frisson avec La Llorona, légende mexicaine qui interroge la domination coloniale et les violences de genre, portée par la voix de l’incroyable conteuse Nathalie Galloro et la technique de son acolyte. Le temps d’un spectacle, la salle s’est retrouvée transportée au bord des rivières hantées par cette figure mythique, entre peur, émotion et réflexion.
De 15 h à 16 h, la conteuse a ensuite coaché les élèves : comment entrer en scène, poser sa voix, mémoriser un texte, vaincre le trac, occuper l’espace, regarder le public, s’adresser à un jury. Des conseils concrets et précieux pour les futurs orateurs que sont les lycéens, qu’ils pourront appliquer lors de leurs épreuves de baccalauréat et dans leur vie de citoyens.
Une petite anecdote qui restera entre les élèves et la conteuse…mais je crois qu’ils n’oublieront jamais comment elle a triomphé d’un trou de mémoire en plein sur scène ; avec autant de panache que si c’était prévu dans le spectacle !

Enfin, l’équipe des germanistes a ouvert le bal, accompagnée de leur professeur, M. Champagne . Puis, chacune des autres langues a pris le relais en proposant son propre spectacle.
Des contes réécrits pour aujourd’hui
Au fil du projet, différents contes en différentes langues étrangères ont été réécrits pour être mis en lumière. Les élèves ont revisité des récits célèbres en y apportant un regard actuel sur la société d’aujourd’hui, en insistant sur la morale et les messages qu’ils souhaitaient transmettre. Kirikou devient ainsi un héros qui affronte le harcèlement, le Petit Chaperon rouge met en avant le consentement, les Musiciens de Brême célèbrent la solidarité, tandis que Barbe‑Bleue est réinterrogé à travers la question des violences conjugales. Vous trouverez aussi des contes modernisés, parmi lesquels Une reine Disa, La Belle et la Bête, Le Petit Poucet et Les Musiciens de Brême, ont tous pris vie sur scène.
Acte III : un projet plein de surprises
Le troisième acte aura lieu pendant la Semaine des Langues, avec la valorisation des productions : représentations finales, diffusion de vidéos, exposition d’affiches, peut‑être même quelques surprises multilingues dans les couloirs du lycée. Nous ne manquerons pas de revenir vers vous pour compléter cet événement comme il se doit.
Bonus utile :
Ce projet se veut aussi inclusif et intergénérationnel : un groupe prépare déjà des lectures de contes pour une école maternelle, sous la direction de Mme Dubas Valentine, professeure de français et référente du projet avec cette école. L’objectif est de travailler les liens intergénérationnels et travailler diverses compétences à travers la lecture de contes pour les plus petits.
Nous espérons également pouvoir organiser une représentation en E.H.P.A.D, afin de transmettre ces récits de génération en génération et de créer du lien entre enfants, adolescents et personnes âgées. Enfin, l’équipe souhaiterait intégrer la Langue des Signes Française, par exemple à travers un conte signé, pour sensibiliser les élèves à d’autres manières de dire et de se dire, et renforcer la réflexion sur le harcèlement, les préjugés et la place de chacun à l’école.
En imaginant ce projet, les enseignants ont voulu offrir aux élèves un espace protégé pour parler de sujets parfois douloureux (violences, discriminations, solitude), tout en développant leur confiance à l’oral. Ils montrent ainsi que les langues – parlées, chantées, signées ou mises en scène – peuvent devenir de véritables outils pour comprendre le monde et, qui sait, commencer à le transformer.
Mot de la fin de Mme FIRIK Gulsun, professeure d’espagnol et porteuse de ce projet :
Un immense merci au Centre européen Robert Schuman de Scy-Chazelles, ainsi qu’à Julie Gratz-Knapp cheffe de projet au CERS, pour sa proposition de collaboration. Elle a mené le projet avec une parfaite maîtrise, portée par son professionnalisme et l’engouement de toute son équipe de Scy-Chazelles, vous êtes les meilleurs : Till Baerwaldt(ou la maîtrise des outils de communication sur le bout des doigts), Mathis Spranzel, Ebba Granfors les élèves vous ont déjà adopté. Merci également au CERS qui a contribué au financement de ce projet.
À mes collègues : Mme Dubas Valentine en français, Mme Tokarski Emilie en italien, Mme Noel Anaïs en anglais, M. Champagne Dorian en allemand, Mme Caliaro Laura en documentation, sans qui ce projet collectif et collaboratif n’aurait pas vu le jour.
Merci aux 4 assistants de langue (Tania, Karoline, Wisdom et Claudio) pour leur investissement précieux.
Et enfin, à la centaine d’élèves réunis de Secondes, Premières et Terminales (de sections européennes, de l’option LVC et de français), vous avez réalisé un magnifique travail : ce n’était pas facile, mais vous l’avez réussi avec brio. Bravo à tous !
Merci au rectorat d’avoir suivi le projet et d’avoir été présélectionné pour le prix de l’innovation. C’est une belle consécration.
Pour toutes questions complémentaires, contactez la référente du projet, Mme Firik Gulsun pour recevoir (affiches, vidéos, clips, interviews des élèves et photos du projet).
L’équipe pédagogique.




